GYBEYUXO

Ca commence par un petit : "You're rollin'" discret en fond, puis une guitare avec un effet tremolo joue une petite mélodie ... au fur et à mesure, la mélodie voit s'attirer des cordes, des cymbales puis plus de guitares ... le son prend de l'ampleur, on se doute que l'on a affaire à quelque chose de grand ...


Nous sommes en 2003, le groupe de Post-Rock Godspeed you! Black Emperor signe son 5ème opus (3ème LP) et leur plus engagé. Son nom, énigmatique, évoque les mines antipersonnel américaines, et la pochette est à l'avenant. On sait déjà que le groupe est engagé (En insérant des samples dans leur musique), mais vous ne trouverez pas de samples dans cet album. Et c'est ceci qui le rend encore plus puissant.

Car même si les trois titres de cet album sont instrumentaux, ils sont pour autant toujours empreints de la rage de l'ensemble canadien conduit par Efrim Menuck. Cet album est une symphonie en trois actes de la fin d'un monde. Mais une fin du monde qui ne serait pas dramatique comme dans les films, juste fataliste. Elle est, tout simplement. La pochette en est représentative, la fin du monde est violente. Mais ce n'est pas la peine de pleurer sur son sort, ou de chercher à s'en sortir, il n'y a pas d'issue. Autant regarder ça en face ...

D'abord : 09-15-00, divisé en deux parties sur le disque, part d'une mélodie mélancolique à la guitare, qui prend de plus en plus d'ampleur pour déboucher sur un tonnerre monstrueux de cordes, soutenus par une basse définitive, les bombes commencent à tonner. Puis le feu se retire, s'éloigne, pour mieux revenir ... la tension monte, le violon s'affolle, les guitares trillent ... ce morceau est la définition d'épique en musique. Après cette deuxième explosion toute en tension, larsens et violon ; puis, soutenus par des coups de charleston, on constate les dégâts ... la désolation règne, mais pour autant, on ne désespère pas, on encaisse juste. Un constat, seulement. Fin du premier acte.

Rocket Falls on Rocket Falls démarre sur un riff répétitif de guitare, suivi par le violon, puis les autres guitares ... la répétition se fait plus envahissante, comme si le feu nourri précédant se répétait inslassablement, comme une preuve d'une folie ambiante, une sorte de ressassement ...

Plus ça va, plus on prend de l'ampleur, la puissance croît inlassablement, pour s'achever dans un chaos irrespirable mais presque rassurant, comme si plus rien ne pourrait arriver de pire. On se sentirait comme entrant dans un champignon atomique. C'est synonyme de mort, mais finalement, c'est toujours mieux que de se trouver dans les radiations, et de souffrir longtemps. Autant foncer tête baissée vers l'infini. Pas de regrets, pas d'amertume. Tout s'effondre, tout s'échappe. Mais quelque chose nous attend à l'autre bout. La pression descned, les cuivres sifflent, les timbales ronronnent ... et c'est un furtif espoir qui conclut la deuxième pièce de cet album organique, fataliste mais pas désespéré.

Enfin, la dernière pièce de cet album monumental, Motherfucker = Reedemer, est entraînante, le rythme est soutenu, comme si maintenant que tout était rasé, tout était à refaire. Si l'on a atteint un paroxysme, rien n'est achevé pour toujours, même dans l'absolu chaos. Dans la première partie, les sonorités finales sont plutôt rassurantes, posées, calmes ...

Dans la deuxième partie, une basse chaude pose les bases tandis qu'au loin, des violons tremblotants de froid et des guitares trop lointaines pour être claires, émanent des sons duveteux. Puis la batterie apporte une autre souffle, le rythme s'accélère, tout s'accélère, une superposition de sons, un tsunami sonore, toujours plus imposant et majestueux, finit par s'effondrer à moitié aux alentours des 7 minutes de la seconde partie de l'acte final, maintenu seulement par deux guitares qui le remontent sur pied.

L'avancée devient intenable, le thème du début se fait vaguement entendre, le tsunami finit par s'effondrer définitivement dans une pluie de larsens et de drones chauds et duveteux, accompagnés de violons. Puis, dans un dernier souffle, tout s'approche pour un ultime retour. Coupé. Plus rien.

Le vide.

Pour finir, cet album est une quintessence du post-rock, un album monumental, fascinant, hallucinant. C'est très dur d'y rester indifférent. Il représent toute la classe de la musique de Godspeed You! Black Emperor, une pallette d'émotions toutes plus intenses les unes que les autres. Un très très grand album.

NB : Cette chronique a été rédigée avec, justement, l'album dans les oreilles ...