Kingcrimsonlarks

Spéciale dédicace à tonton Koa ...

En 1973, King Crimson sortait un album et démarrait un trilogie (Dite "trilogie métallique") qui se poursuivra avec les deux albums suivants, Starless in Bible Black et Red. Cet album a la particularité de déchirer sa race. Il s'agit de Larks' Tongues in Aspic. Alors, bon, quoi que qu'est-ce donc que cela.

Déjà, à noter que la structure est un peu la même que Wish You Were Here du Floyd, sorti deux ans plus tard. Un grand morceau au début et à la fin de l'album (Divisé comme cela pour des raisons de place sur le vinyle, souvent), puis des morceaux plus petits entre. Ici, le plat de résistance n'est pas des moindres, il s'agit du titre éponyme (Qui sera poursuivi après sur les albums Three of a Perfect Pair et The ConstruKction of Light) qui démarre avec des petits carillons et des petites percussions apaisantes, un démarrage tout en douceur et en calme ambiant ... pour mieux te défoncer la gueule avec l'arrivée de violons menacants, des drones guitarresques (WTF?) puis d'un roulement de batterie monstrueux qui ouvre réellement les hostilités.

Dès le départ, on se prend une immense claque dans la mouille. La partie un du morceau Larks' Tongues in Aspic est toute en montées, en rythmes saccadés et en stress. Ces violons vont vous hanter toute votre vie. Le morceau oscille entre inquiétude (la section violon-drones-roulement) et explosions (le "thème"), avant de partir, après un petit break de Robert Fripp à la gratte (la tête pensante du KC, bande de moules) sur un mélange halluciné entre rythmique presque funky mais avec une certaine bizarrerie à l'extérieur (la basse et la gratte se sont étrangement arrangées pour sonner le plus sur le fil possible). On sent pas mal d'influence Jazz-Fusion dans les sonorités de ce morceau. Puis après une nouvelle section tendue, retour au calme d'un violon en fond, plus amical apparemment. Toujours plusieurs bruits ambiants ... mais le thème revient, encore une fois, et on retourne à ce chaos approximatif, mélodieux mais pas trop non plus ... ainsi s'achève la première partie.

Vient le morceau le plus court de l'album (A peine trois minutes!), Book of Saturday, qui inaugure des VOIX! En l'occurence, celle de John Wetton, le bassiste. Ce morceau est beaucoup plus apaisé, plus psychédélique aussi d'une certaine manière. Presque formaté pour la radio, en somme. Et c'est pas plus mal.

Puis, une introduction assez étrange nous amène à Exiles, un morceau plus acoustique, un peu dans la même veine que le précédent, mais plus ambitieux (La durée a doublé) et nous permet d'apprécier la voix de Wetton, qui est excellente. Un morceau très mélodieux, étrangement très loin de l'introduction de l'album. Mais au moins, ceci fait de cet album un album diversifié tout en restant ancré dans King Crimson. Car ces morceaux ne sont pas sans rappeler certaines oeuvres du début (Je pense, nottamment, à IU talk to the Wind de In the court of the Crimson King) ...

Easy Money est plus enjoué et plus menaçant déjà. Plus expérimental egalement, mais a parfois du mal à tenir la longueur. On peut quand même apprécier son coté lancinant et ses percussions excellement ciselées (c'est une constante dans cet album, ceci dit). Puis vient un morceau presque hors de propos, mais tout bonnement excellent : The Talking Drum. Il met du temps à démarrer franchement (2 minutes environ) mais à un côté tribal avec ses percussions, sa basse répétitive et ses parties mélodiques qui vont crescendo. On commence à à nouveau approcher le mystique comme on pourrait le faire avec l'éponyme première partie. Le morceau est de plus en plus puissant, de plus en plus shamanique ... même si j'ai quand même beaucoup de tendresse pour l'éponyme, ce morceau est mon favori.

Et alors qu'on se dit que l'on ne peut pas aller plus loin dans l'hypnotisant, dans la puissance, directement enchainé, sans préavis, la monumentale conclusion de Larks' Tongues in Aspic et de l'album. sept minutes pour vous achever.

On a des réminiscences du thème de la première partie. les rythmes (Inspirés de Stravinsky dans cette partie, figurez-vous) sont saccadés et vont crescendo. Cette partie oscille encore entre calme inquiétant et tempête sonique, mais ici, c'est porté à son summum. Si les percus sont plus effacées, les montées en puissance sont à l'avenant. Plus le morceau avance, plus on va plus haut. Un violon craque, la batterie devient plus dure à chaque coup. On est face à quelque chose de grandiose. Rarement le rock prog aura été aussi puissant, sonorement parlant. Le volume augmente, le morceau s'effondre au final sur lui-même, dans une déferlante qui s'approche presque du bruit blanc. Le final est absolument ahurissant. Puis, la fin. La basse qui résonne un peu avant de s'effacer.

Et c'est tout.

Et c'est énorme.

Larks' Tongues in Aspic, malgré un morceau un peu anecdotique (Easy Money), est un sommet du King Crimson et du rock prog en général. Il a un titre épique et surpuissante (Larks' ...), des passages plus apaisés et mélodieux (Exiles, Book of Saturday) et un morceau quasi-mystique et tribal (The Talking Drum). Un chef d'oeuvre. Rien de plus.